Chaque année, des milliers d’hommes occidentaux se lancent dans une démarche de rencontre internationale, séduits par l’idée d’une relation authentique au-delà des frontières. Mais entre l’enthousiasme des premiers échanges et la construction d’une relation durable, le chemin est semé d’embûches que beaucoup ne voient pas venir. Pour comprendre ces pièges et apprendre à les éviter, nous avons rencontré Marc Fontenay, consultant en relations interculturelles depuis une quinzaine d’années, qui accompagne des hommes dans leur démarche de rencontre à l’international, toutes origines confondues.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené à ce métier ?
R : Mon parcours est assez atypique. J’ai d’abord travaillé dans la gestion de projets internationaux, ce qui m’a amené à vivre et travailler dans plusieurs pays et à côtoyer des équipes multiculturelles au quotidien. C’est en observant les difficultés de communication et les malentendus culturels dans un cadre professionnel que j’ai commencé à m’intéresser de près à la psychologie interculturelle.
Progressivement, des amis et des connaissances qui se lançaient dans des démarches de rencontre à l’international sont venus me demander conseil, parce qu’ils savaient que j’avais cette sensibilité aux différences culturelles. J’ai commencé à les accompagner de manière informelle, puis j’ai décidé de me former spécifiquement à l’accompagnement relationnel et de faire de cet accompagnement mon activité principale. Aujourd’hui, je travaille avec des hommes qui envisagent une rencontre sérieuse avec une personne d’une autre culture, quelle que soit son origine géographique. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de vendre du rêve, mais d’aider à construire des relations solides et respectueuses, en désamorçant les erreurs qui reviennent le plus souvent, à commencer par le choix d’une plateforme fiable : notre guide pour reconnaître un site de rencontre sérieux pose les bases avant même le premier échange.
Quelle est, selon vous, l’erreur numéro un que commettent les hommes qui débutent une démarche de rencontre internationale ?
R : Sans hésiter, c’est la précipitation. Je vois régulièrement des hommes qui, après quelques semaines d’échanges par messages ou par appels vidéo, commencent déjà à parler d’amour, de projets de vie commune, parfois même de mariage. Cette précipitation n’est pas propre à la rencontre internationale, on la retrouve dans toutes les formes de rencontre en ligne, mais elle est amplifiée ici par plusieurs facteurs.
D’abord, il y a l’exotisme de la situation : le fait d’échanger avec une personne d’une autre culture, parfois dans une autre langue, crée une intensité émotionnelle particulière qui peut être confondue avec une intimité réelle. Ensuite, il y a souvent une distance géographique qui pousse à vouloir “rattraper le temps perdu” en accélérant artificiellement les étapes. Enfin, certains hommes arrivent avec une forme d’urgence personnelle, l’envie de trouver rapidement une relation stable, qui les rend moins attentifs aux signaux qui devraient les inciter à ralentir.
Le problème, c’est qu’une déclaration d’amour précoce met une pression disproportionnée sur la relation. Elle peut aussi, paradoxalement, éloigner la personne en face, qui perçoit cette précipitation comme un manque de discernement plutôt que comme une preuve de sincérité. Une relation sérieuse a besoin de temps pour se construire, même quand la distance donne l’impression qu’il faut aller plus vite.
Vous parlez souvent des différences culturelles dans votre accompagnement. Quelle est la deuxième erreur fréquente que vous observez ?
R : C’est effectivement liée, mais distincte de la première. Beaucoup d’hommes, une fois qu’ils sont émotionnellement investis, ont tendance à minimiser ou à ignorer les différences culturelles réelles au profit d’une projection idéalisée de la personne et de sa culture. Ils construisent une image mentale de ce que devrait être la relation, souvent nourrie par des récits entendus ailleurs ou par des attentes personnelles, et ils plaquent cette image sur la personne réelle qu’ils sont en train de connaître.
Concrètement, cela se traduit par des malentendus sur des sujets aussi variés que le rôle attendu de chacun dans le couple, la place de la famille élargie, les habitudes alimentaires, la gestion de l’argent, ou encore le rythme de vie quotidien. Ces différences ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes, mais elles doivent être discutées ouvertement plutôt que supposées ou niées.
Je recommande toujours à mes clients de poser des questions concrètes sur le quotidien : comment se passe une journée type, comment les fêtes sont-elles célébrées, quelle est la relation avec les parents et la famille, quelles sont les attentes en matière de communication au sein du couple. Ce sont des questions simples, mais elles révèlent beaucoup plus qu’un discours général sur les “valeurs communes”, qui reste souvent trop abstrait pour être utile. L’idée n’est pas de renoncer à la relation à cause de ces différences, mais de les intégrer consciemment plutôt que de les découvrir brutalement plus tard, au moment où elles deviennent source de conflit. Notre article sur les différences culturelles en couple mixte détaille justement comment anticiper ces sujets avant qu’ils ne deviennent des sources de tension.
Et la troisième erreur, celle qui touche à la sécurité de la démarche ?
R : La troisième erreur, c’est de négliger la vérification d’identité avant d’investir émotionnellement dans la relation. C’est un sujet que j’aborde systématiquement dès le début de mon accompagnement, parce qu’il conditionne tout le reste. Une personne qui s’engage émotionnellement pendant des semaines ou des mois avec quelqu’un dont elle n’a jamais vérifié l’identité réelle prend un risque important, tant sur le plan affectif que, parfois, sur le plan financier.
Cette vérification n’a rien de compliqué ni d’intrusif si elle est faite au bon moment et avec tact. Un appel vidéo spontané, proposé naturellement dans la conversation, permet déjà d’écarter une grande partie des situations problématiques. Une recherche d’image inversée sur les photos partagées peut révéler si elles sont utilisées ailleurs sous un autre nom. Et il faut rester attentif à la cohérence du récit de la personne dans le temps : les détails qui changent, les excuses récurrentes pour éviter un appel vidéo, ou les demandes d’argent qui arrivent tôt dans la relation sont des signaux qu’il ne faut jamais ignorer, quelle que soit l’intensité du lien ressenti.
Ce que je dis souvent à mes clients, c’est qu’une personne sincère ne se vexe jamais qu’on cherche à vérifier son identité de manière respectueuse. Au contraire, c’est souvent l’occasion de renforcer la confiance mutuelle, parce que la démarche de vérification peut être réciproque.
À retenir : les trois erreurs les plus fréquentes selon Marc Fontenay sont, dans l’ordre où elles apparaissent généralement dans une démarche de rencontre internationale :
- la précipitation dans l’engagement émotionnel et les déclarations d’amour prématurées ;
- la minimisation ou le déni des différences culturelles réelles au profit d’une image idéalisée du partenaire ;
- la négligence de la vérification d’identité avant tout investissement émotionnel durable.
Vous insistez beaucoup sur la patience. Comment conseillez-vous à vos clients de rythmer une relation transnationale sérieuse ?
R : La patience est vraiment au cœur de tout ce que j’enseigne. Une relation transnationale sérieuse ne se construit pas au même rythme qu’une rencontre locale, et c’est normal : la distance impose des contraintes spécifiques, que ce soit le décalage horaire, le coût et la logistique des déplacements, ou les barrières linguistiques éventuelles.
Je recommande de laisser la relation se développer par étapes, sans se fixer de délai artificiel. Les phases se succèdent généralement ainsi :
- établir une communication régulière par échanges écrits et appels vidéo, sans brûler cette étape même si l’envie d’accélérer est forte ;
- approfondir la conversation en abordant les sujets plus personnels : attentes de vie, valeurs, rapport à la famille ;
- laisser une confiance réelle s’installer avant d’envisager toute rencontre physique ;
- privilégier la qualité et la régularité des échanges plutôt qu’un calendrier fixé à l’avance.
Ce n’est qu’après cette phase de connaissance mutuelle, quand une confiance réelle s’est établie, qu’il devient pertinent d’envisager une rencontre physique. Je dis souvent que le rythme idéal n’est pas défini par un nombre de semaines ou de mois précis, mais par la qualité et la régularité des échanges. Une relation qui progresse par à-coups, avec de longues périodes de silence suivies de messages intenses, mérite plus de vigilance qu’une relation où la communication est stable et régulière dans la durée.
Justement, quels conseils donnez-vous pour la première rencontre physique ?
R : La première rencontre physique est un moment charnière, et elle mérite d’être préparée avec sérieux, tant sur le plan pratique que sur le plan émotionnel. Sur le plan pratique, je recommande toujours de choisir un lieu neutre et public pour les premiers moments de la rencontre, plutôt que de se retrouver immédiatement dans un cadre trop intime. Il est aussi préférable de prévoir un séjour de plusieurs jours, pas seulement un aller-retour de quarante-huit heures, pour laisser le temps à la relation de se déployer dans la réalité et pas seulement à travers un écran.
Je conseille également d’informer un proche de son itinéraire complet, y compris les coordonnées de la personne rencontrée si possible, par simple précaution. Ce n’est pas un signe de méfiance envers la personne, c’est une pratique de bon sens que l’on devrait appliquer pour tout voyage à l’étranger dans ce contexte.
Sur le plan émotionnel, l’élément le plus important est de ne pas se fixer d’attentes trop rigides sur ce que cette rencontre doit produire. Rencontrer physiquement quelqu’un avec qui on a échangé à distance pendant des semaines ou des mois est toujours une expérience différente de ce qu’on avait imaginé, dans un sens comme dans l’autre. Certaines personnes ressentent immédiatement une connexion encore plus forte, d’autres ont besoin de temps pour que l’alchimie à distance se retrouve dans la réalité. Aucune de ces deux situations n’est anormale, et il faut se laisser le droit de ressentir ce qu’on ressent réellement, sans se forcer à correspondre à un scénario préétabli.
Pour finir, quel conseil général donneriez-vous à un homme qui envisage de se lancer dans une démarche de rencontre internationale ?
R : Je dirais que la qualité la plus précieuse dans cette démarche, c’est l’humilité. Humilité face à une culture qu’on ne connaît pas encore vraiment, humilité face à une personne qu’on est en train de découvrir, et humilité face à ses propres attentes, qui doivent rester flexibles plutôt que rigides.
Une rencontre internationale réussie n’est pas celle qui suit un plan parfaitement tracé à l’avance, c’est celle où les deux personnes acceptent d’apprendre l’une de l’autre, de se tromper parfois, de s’ajuster, et de construire ensemble quelque chose qui n’existait pas avant leur rencontre. Ce n’est ni plus facile ni plus difficile qu’une relation locale, c’est simplement différent, et c’est cette différence qui, bien accompagnée, peut devenir une vraie richesse plutôt qu’un obstacle. Pour approfondir la question du budget à anticiper une fois la relation engagée, notre guide sur le budget réaliste d’une première visite de rencontre internationale apporte des repères concrets, tout comme les ressources de rencontre-russe.fr pour les couples franco-slaves.
